Interview de Marc BRET-VITTOZ

Océane Joly, stagiaire à la compagnie du Vers Sot est allée à la rencontre de Marc BRET-VITTOZ compositeur des musiques originales pour la pièce “petits crimes conjugaux“ d’Eric-Emmanuel SCHMITT produit par la compagnie du Vers Sot.

 

 

Un mercredi après midi dans un petit café près du cinéma Pathé Cordeliers. C’est le lieu qu’a choisi Marc BRET-VITTOZ le temps d’une rencontre. Visite guidée avec un artiste au ton surprenant qui dénote. Un compositeur de talent sortant des sentiers battus avec un penchant pour la musique expérimentale, Marc a su rester simple. La parole facile et passionnée, il nous fait découvrir le temps d'un après-midi, son univers et son travail, bercé entre films noirs et jeux vidéo. Il nous parle aussi de sa collaboration avec la Compagnie du Vers Sot.

 

 

“Une expérience très différente de tout ce que j'ai fait l'an dernier, parce que beaucoup moins encadrée, parce que beaucoup plus libre. J'ai ressenti beaucoup moins de pression aussi “ 


Le Vers Sot & Marc Bret-Vittoz

Comment as-tu connu la compagnie du Vers Sot ?

Je travaille au cinéma Pathé Cordeliers et c’est la que j’ai rencontré Karine DUFAUT, la metteuse en scène de “Petits crimes conjugaux“.

On a sympathisé et discuté de nos projets respectifs du moment. On devait être en décembre 2013 et j’étais à la recherche d’un stage qui corresponde à mes attentes. Je voulais faire mes preuves. J'en ai parlé à Karine et il se trouve qu'elle cherchait quelqu'un pour la création de la musique originale de “Petits crimes conjugaux“.

A ce moment là, elle était au début de sa création. Notre collaboration a débuté une semaine plus tard.

 

" La musique de polars, de films noirs "

 

Ce qui était intéressant, c'est que je venais de travailler en cours sur la musique de polars, de films noirs. J’avais étudié quelques musiques de Hitchcock et c'est un univers qui m’a beaucoup plu. C'est un esprit musical que j'aime vraiment beaucoup. J'ai l'impression que c'est plus personnel pour moi de faire des choses qui vont plus vers le mystère, dans des trucs où tu peux davantage expérimenter de nouveaux sons. Du coup ça collait parfaitement à ce que je voulais faire à ce moment là, c'était tout naturel.

 

 

 

Quel a été le processus de création pour les musiques de Petits Crimes Conjugaux ? 

 

Ce qui était vraiment intéressant par rapport à mes autres projets, c'est qu’il y a eu un important processus de mise en situation. C'était sur Lyon, ce qui n'est pas le cas pour mes autres projets. (…) Nous nous sommes rencontrés souvent, j'ai assisté aux répétitions. C'est une toute petite équipe donc très intime. J'ai été inclus dans le truc, vraiment comme un acteur du projet artistique. Je donnais mon avis concernant l'acting au niveau du rythme.

Au début on parlait de tout sauf de la musique. Du coup, quand j’ai commencé à composer, j'étais très imprégné des répétitions et de la personnalité de Valérie et Fatah qui sont très avenants, très encourageants. Cette façon de travailler dans la confiance m’a permis de créer l’intégralité de la musique sans être vraiment guidé et c’est ça qui m’a plu.

 

Au début on parlait de tout sauf de la musique "

 

Karine m’a laissé une entière liberté dans mon travail. J’ai composé 10 morceaux qui n’étaient pas forcement prédéfinis pour être utilisés à tel ou tel moment de la pièce. J'en envisageais certains comme des choses plus construites où j'imaginais des moments qui allaient pouvoir s’y rapporter.

Et d'autres davantage comme des plages d'ambiance, plus dissonantes pour créer un climat d'angoisse et de suspens. Puis il y a eu un travail sur le rapport de la musique à l'image. C'était très étonnant, car habituellement je travaille en sens inverse.

Là, on travaillait la mise en scène en partant de la musique. Du coup, les mélodies ont été remaniées plusieurs fois, pour des questions de rythme dans la pièce. Il ne fallait pas que la musique ait un rôle de bouche trou, il fallait laisser respirer la pièce en elle-même, le texte. Je pense qu'on a atteint un équilibre relativement sobre et discret. J'étais content du rendu de la  pièce.

 

 

 

 

 

Tu as travaillé autant pour les films d'animation que pour le cinéma ou pour des actions menées par les musées des B-A. Quel domaine préfères tu ?

Je ne crache pas sur les films d'animation mais ce sont des court-métrages avec un genre très codifié, souvent sans dialogue, où la musique prend une place très importante. Je préfère travailler pour des films de fiction où là c'est complètement différent. Tu travailles main dans la main  avec de vrais acteurs et réalisateurs, sur une période beaucoup plus longue et de manière plus approfondie.

Tu développes un univers musical sur le long terme, ta musique respire bien davantage. Tu es obligé d'accorder les choses, d'être beaucoup moins démonstratif. Il faut accompagner l'image plus que l'expliquer ou la paraphraser. Je préfère les projets longs aux courts de manière générale. Mon objectif ultime c’est de pouvoir bosser sur des films de cinéma.

 

 

 Le Vers Sot : Quelles sont tes inspirations ?

Marc BRET-VITTOZ :

La musique de cinéma.

Je suis extrêmement cinéphile. Je vois une quantité énorme de films et c'est plus ça qui m'a guidé vers cette profession bizarrement. Je faisais de la musique pop, ou musique actuelle, j'expérimentais des choses plutôt électroniques, des morceaux chantés. J'ai toujours aimé ça et c'est de là que je viens à la base donc le côté création musicale pour accompagner l'image ce n’est pas un truc que je fais en me basant sur mes références musicales. J'aime les artistes actuels. Je suis un grand fan de Björk, j'aime aussi beaucoup la musique électronique indépendante. C'est plutôt le projet qui te dicte un peu ce que tu vas faire, d'où l'importance de choisir ceux dans lesquels je me retrouve.

 

 " Je suis un grand fan de Björk et de musique électronique indépendante "

 

Pour parler d'influence filmique, le cinéaste qui m'a vraiment marqué est David Lynch qui utilise le son d'une manière qui n'est pas juste un aspect musical. Il y a vraiment quelque chose, une recherche de sonorité d'ambiance, ce n'est pas une musique qui cherche l'esbroufe à tout prix ou a exister par elle-même, ce sont vraiment des choses qui sont faites pour le film et qui sont modestes presque.

Je crois avoir toujours ça à l'esprit quand je bosse sur un truc. J'aime bien l'étrangeté, l'idée de pouvoir expérimenter des sonorités un peu curieuses .Je ne me pose pas de questions d'ordre logique quand je fais de la musique, ce que je veux faire c'est de la recherche de sons, des choses libres, où tu as vraiment l'impression de faire une proposition nouvelle.

 

 

Le Vers Sot : Dans tes projets actuels quel est celui qui te tiens le plus à cœur ?

Marc BRET-VITTOZ :

Le jeu vidéo est le projet le plus nouveau de cette année, et ça se rapproche d'une certaine façon à ce que j'ai fait sur les Petits Crimes Conjugaux, car tu as toujours cette sorte de liberté où tu créées des morceaux qui ne sont pas forcément synchrones avec une image. Ce sont des musiques qui se répètent à l’infini comme une boucle incessante. Elles symbolisent des univers différents, vous transportent d'un monde à l'autre. Créer une musique de jeu vidéo sans travailler sur du visuel, en se servant de ses propres sensations, me procure un sentiment de liberté.

 

" J'ai été élevé à la sauce Nintendo, ça fait parti de mon ADN "

 

Ça me plait parce qu’il faut composer 5 à 6 morceaux de musique qui se répondent les uns aux autres et réaliser dans les 100 à 150 bruitages. Il y a un vrai travail de fond, où tu dois rendre les choses cohérentes entre elles. C'est un truc que j'ai vraiment toujours voulu faire car je suis un grand amateur de jeux vidéo. J'ai été élevé à la sauce Nintendo, ça fait parti de mon ADN, ça a tellement marqué mon enfance et mon adolescence.

C'est ce qui inconsciemment m'a fait aimer la musique. Je ne me rappelle pas exactement celles des jeux auxquels je jouais plus jeune, mais j'ai des sensations que je retrouve parfois dans certaines des musiques que je compose. Les jeux vidéo c'est ma madeleine de Proust. Donc c'était vraiment un but final pour moi. Je me suis rendu compte que travailler le bruitage et l'ambiance

 

c'est quelque chose qui me plait beaucoup.


Portrait Chinois

Ton occupation préférée ?

regarder des films !

 

Ton rêve de bonheur ?

Avoir une liberté absolue !

 

Ce que tu voudrais être ?

Compositeur légitime et libre !

 

Tes héros dans la vie réelle ?

Björk !


Dates à retenir: